• Stéphane Demers

1989 - 2020 – Chronique d’une mort professionnelle annoncée



Avant-propos

Ceci est nullement une critique envers la compagnie qui m’employait jusqu’à tout dernièrement. Ce texte est inspiré d’un événement marquant dans ma vie ayant pris naissance à cet endroit. Nous avons tous des décisions à prendre dans nos vies et celles-ci ne peuvent plaire à tous surtout quand elles impactent les gens autour. Pour ma part, encore aujourd’hui, il s'agit d'une décision que j’ai bien du mal à comprendre. Par contre, je me dois de la respecter, de l’accepter et de continuer à avancer. Ce n’est pas encore la fin de mon histoire…

*********

17 août 2018, 10 h…

Entassés dans la salle bondée,

Nous écoutons avec attention l’orateur.

Les nouvelles sont mauvaises;

Nous retenons notre souffle.

Et soudain…

Boom !!!

Une bombe est tombée,

Causant la déchéance de ce qui a jadis été une fierté.

Semant la consternation et la désolation;

Bouleversant des vies, sans pitié.

Ce jour je suis devenu,

Avec tant d’autres de mes collègues et amis,

Une froide statistique sur un tableau Excel,

Pour des gens que je ne connais pas,

Assemblés autour d’une table.

Après analyse,

Le verdict est tombé;

Cessation des opérations,

Pour cause de non rentabilité.

Victimes du Tout Puissant Dieu Dollar.

*********

Tic, tac… tic, tac…

Un Maître du Temps,

Voilà ce que j’ai tenté de devenir.

Figer le temps, l’arrêter;

Pouvoir retourner dans le passé,

Pour changer certaines choses, les améliorer,

Ou simplement y demeurer et revivre les belles années.

Fuir le futur,

La venue des temps incertains.

Oui, j’ai bien tenté de retarder l’inévitable.

Mais au fond, il n’y a toujours eu qu’une seule certitude,

Celle que tôt ou tard ce jour viendrait.

À trop vouloir repousser les limites du temps,

Je n’ai pas vu celui-ci m’échapper.

Je me suis projeté dans le futur,

Oubliant le moment présent.

Oubliant que ce qui appartient maintenant au présent;

L’instant d’après, appartient au passé.

Maintenant je dois faire face à la dure réalité,

La fatalité qu’on ne peut rattraper le temps perdu.

Tic, tac… tic, tac…

Les heures s’égrènent impitoyablement.

Tic, tac… tic, tac…

Pas d’échappatoire cette fois.

Tic, tac… tic, tac…

Annonçant la fin, la fin qui vient trop rapidement.

Tic, tac… tic, tac…

Jusqu’à ce que sonne le glas pour moi.

J’ai une mission à remplir;

Une promesse que je compte bien tenir.

Continuer d’avancer, de performer,

Sachant très bien qu'il s'agit de ma propre tombe que je suis en train de creuser.

Mais je dois tenir bon et honorer ma promesse,

Tenir bon jusqu’au dernier instant;

Par souci de boucler la boucle,

De fermer les livres pour de bon.

Et les jours s’envolent tout comme les mois sur les feuilles du calendrier;

Me rapprochant inévitablement du jour fatidique,

Demain qui vient trop vite…

*********

Tic, tac… tic, tac…

Minuit moins une…

Mon cœur se serre alors que s’écoulent les dernières secondes…

Dong ! Dong ! Dong !

Bien qu’ayant déjà réussi à déjouer la mort à cinq reprises.

Dong ! Dong ! Dong !

Il n’y a pas d’échappatoire possible cette fois pour moi.

Dong ! Dong ! Dong !

Le temps et venu de se quitter.

Dong ! Dong ! Dong !

Mon temps est maintenant expiré…

Non !

Le temps m’a joué un tour;

On dirait que le décompte s’est terminé avant…

Tout ça est, je l’avoue, un peu décevant,

Comme un compte de trois qui se termine à deux.

1… 2… Boom !!!

Les derniers mois furent difficiles à vivre;

Mon corps a mal partout, ma cervelle a du mal à réfléchir.

Une immense fatigue physique et mentale m’étreint,

Tout s’enchaîne en une spirale qui semble sans fin.

Mes émotions ne sont plus que réactions,

À une situation qui m’échappe,

Une situation que je ne peux pas contrôler,

La finalité.

Pas prêt !

Je ne suis pas prêt du tout !

Toutefois, elle était écrite depuis un bout de temps déjà…

La chronique d’une mort professionnelle annoncée.

Et elle est là… maintenant.

Pour moi.

Après deux ans de sursis,

Voilà que je reçois ma sentence…

Alors que mon esprit se met à vagabonder,

Je me souviens qu’elle a été longue la route…

31 putains d’années !

Par contre, j’aime aussi à me rappeler que ce fût toute qu'une aventure.

Vous ne pouvez imaginer tout ce que mes yeux ont vu,

Tout ce que mes oreilles ont entendu…

Des murs se sont construits, d’autres sont tombés;

La technologie a évoluée.

Des amitiés se sont forgées, des rivalités sont nées;

Des gens se sont ajoutés, d’autres ont quitté.

Et moi j’étais là, tout ce temps,

Témoin de cette évolution.

À travers les réussites et les échecs;

À travers les joies et les peines.

Accrochés aux parois de ma mémoire comme des tableaux,

Des souvenirs figés dans le temps;

Des bribes de 31 années de ma vie,

Vestiges d’un temps passé, d’un temps maintenant révolu.

Oui, une immense partie de ma vie défile devant mes yeux,

Alors que j’écris à la hâte les dernières lignes de mon ultime chapitre.

La boucle est maintenant bouclée,

Ma mission est accomplie.

Je referme le livre, un pincement au cœur,

Marquant ainsi la fin d’une époque.

Nos chemins ici se séparent.

Souvenez-vous de moi mes bons amis.

Tant que vous ne m’oublierez pas,

Tant que la mémoire ne sera pas morte,

Alors je continuerai d’exister entre ces murs.

Un fantôme errant,

Refusant de partir…

Tic, tac… tic, tac…

Il est maintenant l’heure de rentrer.

Tic, tac… tic, tac…

Le rideau vient de tomber, tout est terminé.

Tic, tac… tic, tac…

Plus rien ne reste à faire, plus rien ne reste à dire.

Tic, tac… tic, tac…

Mes derniers compagnons et un travail que j’aimais je quitte à regret.

Un dernier regard en arrière,

Alors je referme la porte derrière moi.

Une dernière fois.

Silence…

Se sont tût à jamais l’écho des rires et le bruit des machines.

Ne reste que le souvenir des visages des gens que j’ai côtoyé,

Dans mes journées les meilleures comme les pires.

Alors que je tourne mon visage vers le ciel,

Et que je prends une grande inspiration,

J’essuie les larmes qui coulent sur mes joues.

Un vent chaud souffle sur mon visage me rendant fiévreux,

Et je rentre chez-moi las, fatigué…


Photo par: Enrique Meseguer de Pixabay

Rédigé par : Stéphane Demers

Révisé par : Gabrielle Landry-Demers

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