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La rature


La soif t’arrache au silence. Ton regard quitte ton manuscrit, toujours vierge, à la recherche d’une source de satiété. En voyant que ton gobelet d’eau est vide, tu inspires, agacé. Le frimas te pénètre et engèle tes poumons de son haleine givrée. Avec mépris, tu expulses cette fumée qui te grise et te fracture. Cette drogue dure te détermine. Tes muscles te transportent brusquement ; tu te tiges. Pour ne pas t’assécher, tu sais devoir sortir de ce confort candide. De tes mains aux veines gelées, tu enrobes ton verre délicatement. Il se cristallise.


Tu te glisses hors de ta cellule vers l’évier et asperges l’intérieur du contenant limpide. Tu engloutis son liquide, laissant la froideur t'envahir davantage. Ton corps, devenu automate, coule du café pour combler ton manque. Tu observes cette noirceur s'accumuler – puits aride. Fantasmant que la profondeur de ce pigment entache tes viscères, tu consens à prendre une gorgée. Angoissé, tu te recueilles, une fois de plus, dans ton bureau, ce sanctuaire au souffle éphémère.


Spectateur ébahi, posé derrière le rideau de fumée torréfiée, tu t'abandonnes devant l'épiphanie de la baie vitrée. Tu contemples cette neige suffocante qui a tué le champ de blé ; jadis, étendue fertile. De tes doigts bleus mariaux, tu tentes, avec dévotion, d'extraire une suite à ta narration. Le tourment au cœur, tu te sais incapable de t'oublier sur ta page stérile où plus rien ne germe.


Brutalement, cette poudre incandescente t’éclaire. Le panorama te submerge. Tu te sidères — illuminé. Tu es pleinement conscient que ton histoire ne s'achèvera que si la lumière t'absorbe. Tu l'accueilles entièrement.


Ta froideur, désormais égale à celle du monde, franchit le seuil extérieur. D’une virgule assumée, tu te lacères et, avec lenteur, tu vides l’encrier. Tu trépasses, enfin.


L'immaculée s’abreuve de l'hémorragie. Ton ultime rature.


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