• Stéphane Demers

Aller-retour pour l’Enfer - Chapitre 2



- Chapitre2-

Soleil Noir


Mon corps est transpercé de mille douleurs;

Il semble se déchirer,

Exploser en d’innombrables fragments;

Comme les morceaux d’un pantin de porcelaine,

S’écrasant au sol avec fracas.


L’atterrissage est brutal…


Et alors que je regarde aux alentours,

Je ne vois que désolation,

Et solitude…


Et subitement, je ressens le poids de l’abandon.


Un inconcevable mal en dedans étreint tout mon être,

Me glace jusqu’à l’âme.


La lumière m’a quitté,

Mon soleil s’en est allé.


Et mon cœur soudain devient noir…


Je fus,

Je suis,

Mais, je ne serai plus.


Comme une étoile naît,

Brille,

Et meurt.


Passé,

Présent,

Futur.


Celui que j’étais a disparu;

Je n’existe plus.


Voici maintenant que se lève Soleil Noir…


Soleil Noir, soleil de nuit,

Soleil qui jamais ne luit.

Jamais sa présence ne réchauffe,

Car la noirceur est son essence,

Et la froideur son attribut.


Ciel noir, ciel gris,

Ciel qui jamais ne s’éclaircit.

Jamais les ténèbres ne s’écartent,

Car là est toujours la nuit,

Et le fond du gouffre.


Monde noir, monde gris,

Monde qui jamais ne grandit.

Jamais la vie n’y nait,

Car la stérilité y est reine,

Et l’obscurité y a tout engloutit.


Homme noir, homme gris,

Homme qui jamais ne sourit.

Jamais le bonheur ne l’habite,

Car le chagrin est dans ses yeux,

Et la mélancolie le hante.


Cœur noir, cœur gris,

Cœur qui jamais n’oublie.

Jamais la souffrance ne s’efface,

Car la tristesse est fond de lui,

Et l’ennui le dévore.


Avenir noir, avenir gris.

Avenir qui jamais ne se poursuit.

Plus jamais la lumière ne sera.

Il en est ainsi maintenant et pour toujours,

Pour moi…


…moi, Soleil Noir.


Fusionné, assimilé,

Dissout dans cette sombre lumière,

Je ressuscite, je renais,

Un Enfant de la Nuit.


Se sont effacés les sourires,

Se sont tus les rires.

Je ne ressens plus de plaisir.


J’ai essayé de vous prévenir,

Mais vous m’avez tourné le dos.

J’ai essayé de vous le dire,

Mais vous ne savez pas écouter…


Maintenant tout est noir,

Il n’y a plus d’espoir.


Bienvenue dans mon monde…


Un royaume obscur, sombre et ténébreux;

Un royaume où la beauté fait place à la laideur;

Un royaume où l’émerveillement fait place à la déception;

Un royaume qui est maintenant mien,


L’Enfer que je me suis créé.


Là où maintenant je vis,

Là où je suis…

Prisonnier.



Et je marche, marche seul,

Perdu en ce monde, sans personne autour.

Un Hermite sur ces sombres chemins.


Je me dois de réfléchir.

Est-ce vraiment la vie ou la mort?

Suis-je toujours vivant ou trépassé?


Si je dois pleurer,

Qui essuiera mes larmes?

Si je dois mourir,

Qui chassera mes craintes?


J’hurle silencieusement,

Je me sens si seul.

Il semble que personne,

Ne s’en soucie après tout…


Et lorsque me recouvrira le blanc linceul,

La fin sera une délivrance…

Ne plus souffrir en silence.


Mais un nouveau sentiment s’insinue en moi;

L’apitoiement fait place à quelque chose d’autre…


Abandonné à mon sort,

Ma rancœur grandit,

Et le désespoir me ronge.


Un nouveau changement s’opère en moi…

Je me transforme en une bête,

Remplie de rage et de fureur.

Je deviens la bête que vous devriez craindre.


Ma seconde chute…


Douleur, préjudice

Atteinte à ma petite vie tranquille,

Ma petite vie bien rangée,

Dont on m’a privé.


Je ne vois aucun espoir,

Rien de neuf.

Mensonges, haine et traitrise

À travers mes yeux, c’est tout ce que je vois.


Et je perds le contrôle…


Je répands mon fiel,

Et verse la coupe de ma colère.

J’ai envie de faire payer le mal,

Le mal que l’on m’a fait.


Et parfois la nuit je fais des cauchemars…


Rêver de pouvoir,

Laisser libre cours à mes fantasmes.

Éclipser tout ce que j’ai pu être avant;

Être fort dans un monde idéal.


C’est alors que mes rêves se transforment en cauchemars,

Et qu’ils sont parfois teintés de violence.


Discorde, haine;

Abondamment de rage refoulée.

Sans répit, revenant presque sans cesse,

Ces visions hantent mes nuits.


Ne pas dormir…

Je ne dois pas dormir.

Ne pas céder.

Résister.


Tant de nuits sans sommeil…


Mais tôt au tard fini par s’installer la fatigue;

Insidieusement s’infiltre la léthargie.

Je ne peux toujours résister.


Et alors que je sombre dans le sommeil,

Mon esprit se met à dériver.

Je me mets à divaguer…


Et dans mon délire je songe que…


"Un jour je reviendrai,

Et ce jour-là, ma colère sera grande.

La rage au cœur, par trop de souvenirs refoulés,

Ma vengeance frappera sans remords.


Les liens seront brisés à jamais,

Tout sera emporté, anéantit.

L’agneau se fera loup,

Sanguinaire et sans la moindre pitié.


Je reprendrai ce qui m’appartient,

Et tout ce que je n’ai jamais eu.

Je ferai payer toutes ces humiliations,

Et des comptes me seront rendus pour toutes ces promesses non tenues.


Oui, je reviendrai assouvir ma haine,

Contre ceux qui m’ont dédaigné.

Les hypocrites tomberont,

Les beaux-parleurs succomberont.


La rancune en mon cœur me ronge,

S’accumulant jours après jours.


Mais lorsque ma colère se déchainera,

Alors rien ne pourra l’arrêter.

Je serai grand parmi les faibles;

Enfin je serai respecté".


Et ces nuits-là,

Lorsque je me réveille en sueurs,

Je constate que ces cauchemars gagnent du terrain;

Ces mauvais rêves sont de plus en plus fréquents.


Et comble de malheur,

Maintenant ces songes me poursuivent aussi le jour.

Un cercle infernal, me refusant tout repos;

Et je suis las de tout ça.


Ce n’est pas moi du tout ça.


Je rêve au Paradis,

Mais je vis en Enfer…


Je suis étouffé par des émotions,

Qui me dépassent complètement.

Mais comment puis-je l’expliquer?


Je ne trouve pas les mots…


Des nectars et des herbes apaisent momentanément mon âme,

Calmant mes angoisses et atténuant mes mauvais rêves.

Et je me laisse bercer par les songes de ces paradis artificiels,

Rendant cette situation, rendant tout ceci, plus tolérable.


Une béquille pour sinuer sur les sombres chemins;

Un bâton de pèlerin.


L’horloge continue d’avancer,

Mais rien ne semble changer.

Des problèmes jamais résolus,

Seulement différés.


Et lorsque je repense à tous ces moments que j’ai vécus,

Si peu furent bons, mais tellement nombreux furent mauvais.


Mais qu’est-ce qui m’arrive?

Que suis-je devenu?...


Je cherche celui que j’étais jadis,

En quête de ma personnalité;

Je fouille et sonde les tréfonds de mon esprit,

Mais douleur et haine c’est tout ce que j’y trouve.


Alors que je regarde mon reflet dans la glace,

Un inconnu me fait face.

Une ombre sans visage,

Un corps sans âme.


Un étranger que je ne reconnais pas…


Un être désincarné,

Rongé par la rancœur, l’animosité;

Hanté par les fantômes de son passé.


Un être ayant perdu toute volonté;

Volonté de se battre pour avancer,

Progresser, changer, se renouveler.


Le miroir ne ment jamais.


Vivant en marge,

Vivant au fond du précipice,

Je ne suis plus que l’ombre de moi-même,

À l’image de ma déchéance.


Moi, Soleil Noir…


(La conclusion au chapitre 3)


******



Crédit image : Image par Jan Haerer de Pixabay

Rédigé par : Stéphane Demers

Révisé par : Gabrielle Landry-Demers

0 commentaire

Posts récents

Voir tout