• Annik Gélinas

MADAME POMMETTE


Madame Pommette prend sa marche.

Elle est coquette Madame Pommette.

Quelques rides qui marquent le temps,

Un visage pâle et souriant,

Puis, de belles petites bajoues rouges qu’on veut croquer.

D’où le nom qu’on lui a gentiment donné.

Tous les jours elle passe devant chez moi.

Elle boîte un peu, de la hanche, du côté droit.

J’aime bien m’imaginer sa vie à Madame Pommette;

Sa jeunesse à courir dans les champs,

Ses jambes nues châtouillées par le blé

Qui s’esclaffe au grand vent d’été.

La ville ? Jamais elle n’habiterait ce lieu,

Car elle venait de la terre

Et vraiment pas de la banlieue.

Elle s’est retrouvée ici,

De la grande ville en périphérie.

L’amour l’a mené là.

On raconte que lui, c’était un urbain des bois;

Un p'tit chalet il avait,

Assez loin pour décrocher,

Mais le pied bien ferme à la ville où "travailloter".

Au moins à la maison il y avait un ilôt de verdure juste devant.

Les geais bleus, cardinaux et corneilles venaient y chanter...

Ou crier, tout dépend.

Monsieur prenait bien soin d’elle afin qu’un peu d’air pur elle puisse respirer.

Il y avait aussi une jeune fille très belle qui était là parfois.

Oui, une fille très belle... ou plutôt... belle-fille,

Progéniture de monsieur.

Vous savez les potins de voisinage...

On me l’a dit, c’est sérieux.

Les arbres de l’îlot lui rappelleront la forêt

En attendant les vacances et la retraite.

Un jour tu verras, nous partirons au loin;

Là où les montagnes se baignent

Dans la rosée et la brume du matin.

Mais un jour, celui qu’elle aimait et qui rapportait le pain

S’est éteint subitement.

Laissant sa douce compagne

Seule, veuve et avec un grand vide en dedans.

La belle-fille de son côté avait déjà trouvé compagnon

Pour s’installer à la campagne loin, avec mari et rejetons.

Madame Pommette restera toujours en ville

Nourrissant les mésanges,

Se cachant par dizaine,

Dans ses haies de chèvrefeuilles

Au-dessus des trilles ou des jonquilles.

J’aime bien Madame Pommette.

Je la salue du regard et de la main lorsque je la croise.

Sa ride du côté de l’œil gauche

Lui rend l’oeillade triste.

Mais c’est juste d’un côté.

Madame Pommette a les joues cramoisies et en santé.

Elle semble heureuse.

Toujours son visage s’illumine d’un magnifique sourire

Lorsqu’elle tend la main aux oiseaux pour les nourrir.



Rédigé par : Annik Gélinas

Révisé par : Gabrielle Landry-Demers

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